twombly catullus

Say goodbye Catullus…

— Cy Twombly (1928-2011)

Référence au retour du poète latin de Bithynie, province romaine orientale. Une pirouette détournant du sujet initial puisqu’à nouveau Twombly avait voulu marcher sur les pas d’Orphée s’aventurant au pays des morts. Progression, si l’on observait la toile de gauche à droite – mais est-ce bien comme cela qu’une œuvre s’appréhende, et que sait-on encore à présent de la manière d’appréhender –, qui synthétisait tout l’élan de l’œuvre : par la mince voie du crayonnage réinvestir maladroitement l’espace perdu à la reconquête du feu de la couleur, courir derrière le vœu de la forme dans une mer hostile. Ce qui se produit est à ce point en avance / sur nos attentes que nous ne le rattraperons jamais / ni n’apprendrons jamais quel était son vrai visage. Parole rilkéenne encore qui traduisait anticipativement l’ampleur de la tâche accomplie par le peintre qui voulait mélanger l’imagé et le terre-à-terre, embrasser dans un mouvement très large l’histoire de l’art et l’histoire des hommes. Un choc aussi puissant qu’une guerre.
(« Untitled (Cy Twombly) » in revue La Règle du jeu n°47, octobre 2011)