vargas

Julien Vargas

Ordinairement le rôle du Duc de Reichstadt, allias l’Aiglon, fils de Napoléon Bonaparte, est joué par des acteurs d’âge mûr. Même si le personnage est jeune, il faut en effet du coffre pour porter sur ses épaules ce drame en six actes écrit en alexandrins. C’est la légendaire Sarah Bernhardt qui créa le rôle en 1900 alors qu’elle avait 56 ans… Et la dernière fois que la pièce fut jouée en Belgique à la fin des années 50, l’Aiglon avait les traits de l’acteur français Jean Weber âgé d’une cinquantaine d’années. C’est dire si le très jeune Julien Vargas cache derrière son allure frêle l’étoffe des premiers rôles, puisqu’il a littéralement fait vibrer le public du théâtre du Parc pendant les trois heures que durait le spectacle avant que son talent ne fût salué triomphalement par une salle enthousiaste.

Un impressionnant accomplissement pour ce jeune homme qui reconnaît avoir commencé à faire du théâtre au début de l’adolescence parce qu’il n’était bon dans aucun sport. A Verviers, sa ville natale, il entre donc à l’académie d’art dramatique à douze ans comme d’autres enfilent une tenue de footballeur. Et la magie opère. A quinze ans, il décroche le rôle titre de L’oiseau bleu de Maeterlinck dans une importante production locale. Il ne nie pas le besoin qu’a l’acteur d’attirer à lui la lumière ; son devoir est de la rendre sublimée. A la fin de ses études secondaires, en plein décrochage scolaire, il fait « un deal » avec sa mère : elle le laisse libre de ses actes à condition qu’il réussisse tous ses examens. Sa passion du théâtre déjà bien ancrée en lui, sûr de sa voie, il tient sa promesse, finit sa rhétorique sans échec, et s’inscrit au Conservatoire Royal de Bruxelles.

Le voilà en selle – en scène. Quatre années d’apprentissage du métier dans une ville dont il apprécie tout de suite le mode de vie décontracté et l’esprit familial. Il explore avec appétit le répertoire dramatique, il sent que le plaisir qu’éveillent en lui les textes rencontre aussi sa propre envie d’écrire et de monter des pièces. Il s’y est déjà essayé lorsqu’il était adolescent, et sait qu’il prend cette direction. A sa sortie du Conservatoire, l’un de ses premiers projets est de mettre en scène une pièce qu’il a écrite : Jeux d’adultes dans une chambre d’enfants. Et il faut s’attendre dans les mois et les années à venir à le voir signer l’écriture et la mise en scène d’autres spectacles.

La saison qui vient de s’écouler pour lui a été une saison idéale pour un comédien. Il l’a démarrée dans un rôle classique avant de s’intégrer dans la mécanique d’une pièce chorale contemporaine, Chatroom, au théâtre de Poche. L’équilibre parfait. De quoi réconcilier l’apparent antagonisme entre les anciens et les modernes. Chatroom, de par sa thématique très actuelle (la création de réseaux humains virtuels), a connu un tel succès qu’il a été programmé pendant un mois cet été au théâtre des Doms à Avignon et qu’il sera repris cette saison au théâtre de Poche avant de partir en tournée. Ce sera l’occasion pour Julien Vargas de jouer pour la première fois à Verviers depuis son départ pour Bruxelles. Un retour qu’il appréhende avec bonheur. Un autre rendez-vous attendu est la création du Capitaine Fracasse fin septembre au théâtre du Parc. Dans ce célèbre roman de cape et d’épée de Théophile Gautier adapté pour la scène, il sera à nouveau au centre de l’action en interprétant le héros de l’histoire : le baron de Sigognac. Un rôle pour lequel il suit un double entraînement hebdomadaire d’escrime depuis janvier dernier. Pour quelqu’un qui a trouvé sa vocation théâtrale parce qu’il n’était pas doué en sport, il s’agit d’une vraie revanche !

Parution :
L’Eventail, 2009