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Frédéric Flamand

Avec Gérard Mortier à l’Opéra de Paris et Bernard Foccroule au Festival d’Aix en Provence, Frédéric Flamand fait partie de la liste de personnalités belges à la tête d’une prestigieuse institution culturelle française. Un besoin de renouvellement des arts de la scène est sans doute à l’origine de cette tendance belge dans l’Hexagone où la tradition est beaucoup plus forte qu’au plat pays : «La Belgique est un laboratoire européen intéressant, il y a une liberté d’interprétation de la tradition qui permet d’innover.» Habitué à « une vie de nomade propre à la création » (il a vécu au Brésil et aux Etats-Unis), il a réalisé, en posant l’ancre à Marseille, « le rêve de tous les gens du nord » : « On est attiré par la lumière du sud – Bruegel déjà avait peint sa Chute d’Icare avec cette merveilleuse lumière. » Dans cette ville où « il ne pleut quasi jamais » et où il a l’impression d’être « en tournée prolongée », il prend chaque matin son café face à la Méditerranée avant d’attendre le bus 83 en plein soleil sur la Corniche : « C’est le choc. »

« On peut imaginer que les danseurs dessinent aussi dans l’espace une architecture éphémère, comme si le corps laissait des traces derrière chacun de ses mouvements. »

En même temps, il a retrouvé à Marseille le même métissage qu’à Bruxelles, la même distance par rapport à Paris, une connivence dans leur liberté (« Marseille est une ville passionnelle et rebelle»). Si l’empreinte classique est bien inscrite au sein du ballet marseillais, Frédéric Flamand veut l’intégrer à la création contemporaine, « mêler mémoire et innovation » : « La création artistique est une chaîne, rien ne se crée à partir de rien. » C’est dans cette même logique qu’il recréera cet été pour le Festival de Marseille le spectacle Metapolis. Un spectacle que le chorégraphe avait initié à Charleroi avec Zaha Hadid, « une artiste de génie », « la seule femme star dans l’architecture », qui travaille sur le projet d’une tour pour la cité phocéenne. « L’architecture et la danse sont deux arts de la structuration dans l’espace. On peut imaginer que les danseurs dessinent aussi dans l’espace une architecture éphémère, comme si le corps laissait des traces derrière chacun de ses mouvements. » Frédéric Flamand n’est pas à son coup d’essai en la matière, il avait notamment crée, avec Jean Nouvel, The Future of work dans le cadre de l’exposition universelle de Hanovre, un spectacle qui avait été vu par 600.000 spectateurs (« croiser les disciplines permet aussi d’en croiser les publics »).

Sa volonté de décloisonner la danse a fait de Frédéric Flamand l’un des pionniers de l’interdisciplinarité. Au début des années 70, il avait fondé à Bruxelles dans cet esprit de dialogue entre les arts le groupe artistique Plan K, qui allait investir un ancien bâtiment industriel connu aujourd’hui sous le nom de la Raffinerie, où des futures têtes d’affiche de la culture mondiale allaient alors discrètement passer et où les artistes faisaient la fête («Les réveillons y étaient mythiques. Un magazine américain avait d’ailleurs écrit que le plus beau loft new-yorkais se trouvait en Belgique»). Interroger le statut du corps à travers la mutation de la société est au cœur de la démarche de Frédéric Flamand : « On vit dans un monde de l’image où le corps se fait de plus en plus représenter par la technologie. Le corps du danseur s’exprime avec une intensité qui oblige le spectateur à se situer. » A de nombreuses reprises, il a sorti la création scénique du « cadre étroit d’un théâtre » afin de créer « une approche différente, une nouvelle convivialité ». Ce renouvellement n’a-t-il pas au fond un goût de Renaissance, une époque où les artistes se formaient à plusieurs disciplines ? Depuis deux ans, Frédéric Flamand donne, dans la même aspiration d’échange, un atelier du mouvement à l’Université d’Architecture de Venise, là où il a dirigé le premier Festival Internationale de Danse Contemporaine en 2003. Pour Luxembourg – ville européenne de la culture en 2007, il prépare un spectacle avec les frères Campana, des designers brésiliens qui « partent d’éléments pauvres pour les transformer ». Le brassage continue.

Parution :
L’Eventail, 2006