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Pierre Richard

Il ne fait pas de vague, Pierre Richard. Ce n’est pas le genre d’acteur à s’exposer sans bonne raison. Malgré cette discrétion, il est devenu une référence. Pas un jour ne passe sans qu’on ne lui confie : « Vous avez bercé mon enfance. » Et il n’y a pas de doute : Pierre Richard a marqué le cinéma français de son empreinte burlesque. Il a régné pendant presque vingt ans sur le box office, enchaînant les comédies à succès où son personnage de distrait-maladroit faisait mouche. On se souvient de son tandem avec Gérard Depardieu dans les films de Francis Veber (La Chèvre, Les Compères, Les Fugitifs), et des catastrophes en série qu’il provoquait. « Je commence seulement à être conscient de la trace que j’ai laissée, il faut dire que j’ai longtemps connu le manque de considération… » Mais la vérité fait son chemin : depuis quelques années, il bénéficie d’un regain de popularité auprès des jeunes metteurs en scène qui le sollicitent de plus en plus (il était à l’affiche en 2009 de quatre films), et en 2006 il reçoit à son grand étonnement un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière : « Je me suis toujours senti à l’écart de la grande famille des acteurs, alors quand j’ai vu la salle se lever, évidemment ça m’a touché. »

« J’ai longtemps connu le manque de considération. »

A la fin des années 80, Pierre Richard s’est un peu lassé du personnage qu’il incarnait de film en film, il fait le pari de devenir « un véritable acteur » ouvert à d’autres types de rôles. « J’avais envie de faire autre chose sans renier tout ce que j’avais fait, mais le public n’a pas suivi, il ne voulait pas me voir dans un autre registre. » Cette rupture avec le succès populaire lui permet néanmoins de tourner quelques beaux films dont La Partie d’échec du belge Yves Hanchar aux côtés de Catherine Deneuve, et Les 1001 recettes du cuisinier amoureux, qui représentera la Géorgie aux Oscars en 1997. Il faut dire que la réputation de Pierre Richard est internationale : ses comédies ont été beaucoup vues dans les pays de l’ex-bloc soviétique ainsi qu’en Amérique latine. En Thaïlande, on lui a même attribué le surnom de Piem : « celui à qui tout arrive ».

A propos de sa réputation de maladresse, il remet les pendules à l’heure : « C’est vrai que je suis distrait de manière génétique, mais pour être maladroit au cinéma il faut être sacrément adroit. » Un « art du déséquilibre » qu’il tient certainement de sa double origine : un grand-père aristocrate belge (« j’ai passé mon enfance dans un château près de Valenciennes »), et un autre grand-père immigré italien. « Comme mes parents étaient séparés, je passais d’un monde à l’autre. D’un côté je faisais le baisemain dans un salon, de l’autre j’allais poser des collets dans une forêt pour attraper des lapins. Cela m’a rendu plutôt habile en société. » S’il n’a pas accompli le destin de polytechnicien que rêvait pour lui son grand-père noble (« j’étais le vilain petit canard dans une couvée de poussins »), il a réalisé la prophétie que son autre grand-père lui a lancée à sa mort : « Tu réussiras. » «Je lui en sais gré, car sa confiance m’a beaucoup aidé à surmonter les périodes de découragement. »

Depuis une dizaine d’années, Pierre Richard a fait son retour sur les planches. « La scène me fiche la trouille, mais c’est excitant ! » C’est là qu’il a effectivement démarré sa carrière, dans les cabarets, avec son complice Victor Lanoux. Il se souvient avec émotion de L’Ecluse où il côtoyait la chanteuse Barbara, ou encore de Bobino où il partageait l’affiche avec Georges Brassens (« ce type irradiait tout ce qui l’entourait »). Dans Franchise postale, par le biais d’une correspondance imaginaire adressée au public, il raconte certaines rencontres mémorables, comme ce repas aux côtés de Charles Aznavour où, par inadvertance, il s’est essuyé la bouche avec l’écharpe du chanteur. A 75 ans, Pierre Richard continue de cultiver son aptitude au bonheur qu’il décline aujourd’hui de la sorte : « Ma carrière est faite. Tout ce qui m’arrive en plus, c’est du bonus. La cerise sur le gâteau ! »

Parution :
L’Eventail, 2010