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Pierre Arditi

Pierre Arditi aime les tournées : « On va vers le monde, on n’attend pas que le monde vienne vers vous. Ça me plaît d’aller me promener, je reviens à mes origines, les comédiens sont des saltimbanques. » Ses origines, il les retrouve à moitié à chacun de ses passages à Bruxelles, puisque sa mère était d’ici, un lien qui n’a pas fini de le hanter : « Chaque fois que j’ai besoin de provoquer de la douleur en moi, je n’ai qu’à penser à ma mère, et la douleur vient instantanément. C’est une séparation logique et en même temps parfaitement intolérable. J’aime bien être ici, parce que, quand je suis ici, j’ai l’impression qu’elle n’est pas loin. » La pièce Lunes de miel met en scène un couple éreinté par la jalousie qui se sépare et se retrouve cinq ans plus tard alors que chacun des deux protagonistes convole en justes noces avec un nouveau conjoint. Sur scène, l’acteur interprète ce couple aux côtés de sa propre épouse : « C’est une prolongation du bonheur de vivre ensemble. »

« On passe son temps, quand on est acteur, à prendre des petits morceaux de soi et à les mettre au service de quelqu’un qui n’est pas soi. »

« Le théâtre, c’est mes racines. C’est là où j’ai commencé. C’est là que je finirai. » A l’entendre s’exprimer au sujet de son art, on a du mal à imaginer qu’à ses débuts, c’est sa sœur, la comédienne Catherine Arditi, qui l’a encouragé à devenir acteur : « Maintenant ça a l’air évident. En réalité, j’étais alors très introverti, donc j’avais du mal à extérioriser ce que j’avais à dire de moi-même. Au fond je ne m’autorisais pas à m’imaginer dans cette peau-là parce que je ne me faisais pas suffisamment confiance ni physiquement ni intellectuellement. » Un métier dans lequel il va pourtant se jeter corps et âme (« Je ne pense pas qu’on peut faire ce métier-là si on ne se met pas en danger tout le temps ») et pour lequel sa vie servira de matériau : « On passe son temps, quand on est acteur, à prendre des petits morceaux de soi et à les mettre au service de quelqu’un qui n’est pas soi. Ce que vous avez à proposer au public, c’est l’intensité de votre âme, le tréfonds de votre être, qui est masqué par la personne que vous interprétez, mais c’est toujours vous-même. Quand vous entrez en scène, vous entrez en vie. »

Après avoir débuté au théâtre dans la troupe de Marcel Maréchal (« une rencontre capitale »), il fait ses premiers pas devant une caméra pour la télévision sous la direction de Roberto Rosselini : « C’est un cadeau qui est arrivé un peu tôt, j’avais évidemment conscience que je tournais avec un géant mais je n’avais pas encore les moyens de répondre à tout ce que j’aurais pu faire dans un rôle comme celui-là. » C’est au début des années 80 qu’a lieu l’une des rencontres les plus importantes de sa carrière, celle avec Alain Resnais, pour le film Mon oncle d’Amérique : « C’est arrivé au moment où j’étais mûr et où je savais qui j’étais. » Ils vont tourner ensemble sept films dont deux (Mélo et Smoking/No Smoking) rapporteront à Pierre Arditi un César : « Resnais a toujours été là dans ma vie à des moments où je me perdais un peu de vue moi-même, pour me remettre sur les rails de mon exigence première. » L’acteur sera à nouveau au générique du prochain film du réalisateur.

« Le plaisir d’acteur, il est infini. » Pierre Arditi est sur tous les fronts (cinéma, théâtre, télévision, radio, documentaire, publicité…) : « Je fais mon métier. Je sais bien qu’aujourd’hui on compartimente tout. Compartimenter, c’est appauvrir. » On le dit boulimique, passant sans transition d’un genre à un autre : « Je n’ai pas envie de me cantonner dans une seule note de moi-même. Quand je fais L’amour à mort de Resnais, je peux faire Vanille fraise de Gérard Oury après, parce que ça m’amuse de jouer la comédie, c’est un plaisir d’enfant qui rigole. » Et si parfois il a connu au cinéma la déception, il n’a jamais ressenti ce sentiment au théâtre : « Au théâtre, l’acteur est un roi et au cinéma il est un pion. Puis au théâtre, il n’y a pas de caméra, c’est vous qui emmenez les gens d’un endroit à un autre, simplement parce que vous le dites. L’acteur y est un architecte de l’imaginaire du public. Quand on est un peu performant, on tient le monde dans ses mains.»

Parution :
L’Eventail, 2006