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Jean-Pierre Marielle

La voix grave. La taille haute (1m85). Un air de pince-sans-rire cultivant l’excentricité. Jean-Pierre Marielle est l’une des figures les plus identifiables du cinéma français. Une centaine de films à son actif, ou à son passif, cela dépend des périodes – il fut un temps où il enchaînait les comédies de seconde zone. Abonné aux répliques savoureuses, Jean-Pierre Marielle a incarné avec un si grand art les rôles de macho, de râleur, de hâbleur, de grande gueule, qu’il faudrait inventer en son honneur l’expression « faire le Marielle ». Et c’est bien plus que du cabotinage car l’on sent bien dissimulée derrière sa « dérision baroque », sa fausse rudesse, une profondeur. Celle-là même qu’a mise en lumière Alain Corneau dans Tous les matins du monde où dans une scène sans parole Jean-Pierre Marielle faisait apparaître la douleur de son personnage (le musicien Sainte-Colombe) à travers la seule expression de son visage.

Il faudrait inventer en son honneur l’expression « faire le Marielle ».

Il est sorti du Conservatoire la même année que la fameuse promotion Belmondo. Parmi ses amis d’alors, Jean Rochefort est resté l’éternel complice. Ils ont en commun l’humour, la pudeur et la moustache. Jean-Pierre Marielle est un homme discret qui n’aime pas parler de lui. Pour tenter de le connaître, il faut se contenter de son parcours. Et encore, c’est une piste où il vous sème souvent. Après le Conservatoire, il fait brièvement du cabaret aux côtés de Guy Bedos. Et dès la fin des années 50, il commence à tourner pour le cinéma et ne le quittera plus. Dans les années 60, les films d’Henri Verneuil (Weekend-end à Zuydcoote), de Philippe de Broca (Un Monsieur de compagnie, Le Diable par la queue) et de Jean Becker (Tendre voyou) vont l’imposer comme un acteur incontournable du grand écran. Enfin, dans les années 70, sa popularité éclate grâce à des rôles devenus cultes dans des comédies hautes en couleur : Comment réussir quand on est con et pleurnichard de Michel Audiard, et surtout Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria qui lui valent une première nomination aux Césars.

A partir des années 80, Jean-Pierre Marielle est de plus en plus sollicité pour incarner des personnages ombrageux. C’est Bertrand Tavernier (Que la fête commence, Coup de torchon), qui, le premier, repère l’intensité dramatique et l’épaisseur que recèle la personnalité hors-norme de l’acteur. On le retrouve donc dans des films de Bertrand Blier (Tenue de soirée, Les Acteurs), de Claude Miller (Le Sourire, La petite Lili), de Patrice Leconte (Le Parfum d’Yvonne, Les Grands Ducs) ou encore d’Yves Angelo (Les Âmes grises), laissant apparaître la vulnérabilité de son tempérament et la coloration désabusée de sa verve. Parallèlement, la télévision lui offre des rôles de la même veine dans des adaptations littéraires ou historiques qui font date (Bouvard et Pécuchet, La Controverse de Valladolid, Galilée ou l’amour de Dieu). On l’y reverra d’ailleurs très bientôt dans une adaptation du roman de Balzac La Peau de Chagrin sous la direction du réalisateur belge Alain Berliner.

Malgré sept nominations aux Césars, il ne recevra jamais le célèbre trophée. C’est la famille du théâtre qui sauvera la mise en lui décernant un Molière en 1994 pour son interprétation dans la pièce Le Retour de Pinter. Il faut dire que, si on l’a vu constamment à l’écran, Jean-Pierre Marielle n’en a pas moins été présent sur les planches. C’est là qu’il a réellement débuté avec la compagnie Grenier-Hussenot en 1954. Une trentaine de pièces lui permettront de jouer des auteurs aussi variés que Feydeau, Ionesco, Vigny, Pirandello, Claudel ou Guitry. En 2007, il était revenu sur scène aux côtés de son épouse Agathe Natanson dans un spectacle coquin (Les Mots et la chose) signé Jean-Claude Carrière. Et ce sont les mots du même Jean-Claude Carrière que retrouve Jean-Pierre Marielle aujourd’hui dans la pièce Audition. Une suite d’aventures étranges qui voient trois acteurs convoqués pour l’audition d’une pièce et d’un rôle qu’ils ne connaissent pas, se demander s’ils sont bien acteurs. Une question que le public ne se pose plus à son sujet, tant il en est l’un des plus marquants représentants.

Parution :
L’Eventail, 2010