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Emmanuelle Béart

Elle est sans aucun doute l’actrice la plus charnelle du cinéma français, cultivant avec une sorte de sauvagerie sa sensualité. On se souvient d’elle nue posant devant la palette de Michel Piccoli dans La Belle Noiseuse de Jacques Rivette. Et personne n’a oublié les images de Manon des sources se baignant sous le regard indiscret d’Ugolin. « Elle est comme l’eau vive » avait chanté son père, Guy Béart. Et aussi comme le feu, capable de brûler ceux qu’elle fascine. Femme fatale, objet de désir et de fantasme, c’est une étiquette dont elle a du mal à se défaire – et veut-elle vraiment s’en défaire ? Elle qui débuta au cinéma dans Premiers désirs, concède qu’être actrice, c’est avant tout un acte physique. Lorsqu’en 2003 elle pose nue de dos sur une plage mauricienne pour Elle, le magazine féminin connaît son plus gros tirage : 550000 exemplaires épuisés en trois jours. Un record qu’elle explique comme une riposte de la rondeur contre l’anorexie ambiante. « Ceci est mon corps » semble-t-elle dire à nouveau en 2008 dans Cuba libre, un livre de photos où elle se dévoile totalement sous l’objectif de la photographe Sylvie Lancrenon dans la moiteur d’un appartement de La Havane.

Emmanuelle Béart semble guidée chaque fois dans ses choix par ce qui va la mener plus loin.

Parcourant son impressionnante filmographie, l’on est frappé de constater à quel point Emmanuelle Béart a inspiré tous les réalisateurs qui comptent, de Claude Sautet à Claude Chabrol, en passant par André Téchiné, et combien elle a suscité des rôles denses, troubles, forts. On pense à la jeune droguée des Enfants du désordre, à la violoniste désaxée du Cœur en hiver, à l’épouse adultère d’Une femme française, ou à la sulfureuse Nathalie… Autant de rôles de personnages entiers, passionnés, à vif ou à cran. Elle semble guidée chaque fois dans ses choix par ce qui va la mener plus loin, et ailleurs, s’engageant corps et âme dans les films qu’elle accepte, s’aventurant parfois dans des projets fous de jeunes réalisateurs, tel Vinyan du belge Fabrice Du Welz. S’il lui arrive de s’égarer dans des choix commerciaux discutables (le navrant Disco, le blockbuster Mission impossible), elle ne rechigne pas à jouer la carte de la dérision dans des comédies plutôt réussies : une boniche aguicheuse dans l’irrésistible Huit femmes, une actrice prête à tout dans Mes stars et moi.

Côté vie privée et sociale, Emmanuelle Béart semble avoir la même fougue, le même tempérament fiévreux. Dans son adolescence, elle est renvoyée de cinq écoles en raison de son caractère rebelle. A 17 ans, rêvant d’indépendance, elle part à Montréal, et séduite par la ville, s’y installe. Ce serait là que le réalisateur Robert Altman lui aurait conseillé de devenir actrice. Une carrière qu’elle démarre par accident, et qu’elle poursuit par passion. Dans L’amour en douce en 1984, elle partage l’affiche avec Daniel Auteuil qui deviendra son compagnon pendant dix ans et le père de son premier enfant. Ils vivront d’ailleurs en Belgique du côté de Lasne, où elle aurait conservé, dit-on, quelques habitudes. C’est en tout cas près de là qu’elle s’est mariée il y a deux ans avec l’acteur Michaël Cohen. On connaît aussi la force de ses engagements, n’hésitant pas à braver le sarcasme pour défendre, de sa voix voilée toujours au bord de l’émotivité, les causes qui lui tiennent à cœur. Un militantisme hérité de sa mère très investie dans les combats humanitaires.

Après quatorze années sans théâtre où elle n’a joué que des grands auteurs (Anouilh, Marivaux, Strindberg, Musset et Molière), Emmanuelle Béart revient sur scène dans Les Justes d’Albert Camus, mis en scène par Stanislas Nordey. Elle y incarne Dora, une révolutionnaire qui tente d’assassiner le grand-duc Serge, régnant sur la Russie en despote. On ne pourra pas nier qu’il y a entre sa vie et ses rôles une certaine justesse. Dans quelques semaines, on la retrouvera à l’affiche du premier film réalisé par son mari : ça commence par la fin. Mais ce n’est qu’une manière de dire qu’elle continue d’avancer vers d’autres horizons.

Parution :
L’Eventail, 2010