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Françoise Hardy (2)

Son dernier album, Parenthèses, n’est pas un album de duos comme les autres. C’est un objet rare et somptueux, complètement à part des produits formatés. Une perle qu’on ne se lasse pas d’écouter.

« Julio Iglesias est quelqu’un de très chaleureux, courtois, exubérant et drôle. »

Stéphane Lambert. Comment avez-vous procédé pour composer le choix des chansons et des interprètes de ces duos ?

Françoise Hardy. Je n’ai pas eu d’idée préconçue ni de méthode. Au début, j’étais dans le vide complet. Il y avait juste cette proposition enthousiasmante de Bashung de chanter ensemble Que reste-t-il de nos amours ? parce qu’il avait lu quelque part que c’était ma chanson préférée, ainsi qu’un vieux fantasme d’Alain Souchon de reprendre Soleil avec moi, une chanson américaine que j’avais adaptée en français à la fin des années 60. Pour le reste, l’histoire est différente à chaque fois, ce serait trop long à raconter.

S.L. Le duo avec Ben Christophers, My beautiful demon, est un des moments les plus forts de l’album. Comment est née cette rencontre ?

F.H. J’avais entendu cette chanson qui figurait sur son premier album, il y a quelques années, dans l’émission de Bernard Lenoir (Les inrockuptibles). J’avais été tellement saisie que je m’étais procuré le CD aussitôt. Un ou deux ans plus tard, j’ai croisé le réalisateur de cette chanson et lui ai fait part de mon enthousiasme. Il m’a communiqué l’adresse e-mail de Ben Christophers et nous avons correspondu ainsi pendant quelque temps. Je préparais un album et lui ai demandé s’il n’aurait pas une musique qui traîne à me proposer. C’est ainsi qu’est née la chanson La folie ordinaire. Quand je cherchais des idées pour l’album de duos, réécoutant comme je le faisais régulièrement My beautiful demon, j’ai constaté que la tonalité de Ben et la mienne étaient proches. C’est ce qui m’a donné l’idée de lui proposer de reprendre sa chanson avec moi. Tenter de faire revivre une chanson qui n’a pas eu la vie qu’elle méritait est une motivation très puissante pour moi.

S.L. Modern style est un duo surprenant avec Alain Delon. Le texte est d’une concision saisissante. Et Delon lui donne une puissance incroyable.

F.H. Je connaissais le texte parlé sur une rythmique de Jean Bart depuis une dizaine d’années et souhaitais le reprendre sans savoir comment. J’y ai donc repensé pour ce projet d’album de duos et ai tout de suite entrevu que je pouvais le proposer à un acteur, ce qui avait l’intérêt de me sortir du monde finalement petit du show business. Alain Delon s’est immédiatement imposé à moi, car le texte est noir et lui aussi. Il a d’ailleurs mis dans ce texte une intensité dramatique qui donne la chair de poule. C’est un acteur qui a fait fantasmer toutes les femmes de ma génération et pas seulement. Je l’ai adoré dans un film italien de Valério Zurlini, Le professeur. Je suis assez cinéphile. Ayant renoncé depuis une dizaine d’années à aller au cinéma par manque de temps et d’énergie, je vois à peu près un film par soir sur le câble.

S.L. Forcément, il y a un duo avec votre mari, Jacques Dutronc. Quel regard portez-vous sur son parcours d’acteur ?

F.H. C’est un parcours atypique comme dirait son agent, mais où à mon humble avis il n’a pas fait assez de grandes rencontres, pas eu assez de grands rôles. Je pense que, s’il avait été américain, il aurait eu davantage de films forts à son actif. En France, le choix, l’offre et la demande sont trop limités.

S.L. Inattendu et très réussi est le duo avec Julio Iglesias. Votre chanson Partir quand même lui va comme un gant.

F.H. En 1986, quand Jacques [Dutronc, ndlr] avait renoncé à enregistrer Partir quand même sur une orchestration ratée, j’avais déjà imaginé Julio Iglesias la chantant. Julio a fait ses voix seul, ce qui m’arrangeait beaucoup, car voyager me déglingue et j’aurais été tétanisée de chanter avec un interprète aussi fabuleux. Nous nous sommes rencontrés en octobre au Ritz, à Paris. C’est quelqu’un de très chaleureux, courtois, exubérant et drôle, ce qui ne m’a pas surprise car pour l’avoir croisé depuis les années 70 sur des plateaux de télévision, je savais déjà qu’il était très sympathique et ne se prenait pas au sérieux.

S.L. Êtes-vous en train de préparer un nouvel album solo ?

F.H. Après avoir enchaîné sans transition deux albums, je me dois de faire une pause. Je ne sais si Dieu m’accordera assez de temps, d’énergie et d’inspiration pour un prochain album. Si c’est le cas, ce sera sans aucun doute un album solo.

Parution :
L’Eventail, 2007