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Champ de blé avec corbeaux

— Vincent Van Gogh (1853-1890)

C’est un carrefour où j’ai posé ma toile. Le nez contre l’horizon. L’horizon écrasé contre ma figure. Sortir de la vue empoisonnée ! L’or flirte avec la nuit nauséabonde. Le blond aime le noir. J’ai mal au cœur. Les oiseaux sont des morceaux d’obscurité. Vol bas. Ciel aplati, effondré. Soleil aveugle. Nausée. Respirer lentement. Les trois chemins s’avancent comme des démons. Tumultueux comme une mer démontée. Mal au cœur. Le spectacle est la rencontre du paysage et de la maladie. J’ai absorbé la tempête. Cul sec. Comme on se noie. J’ai vu le monde se séparer du jour. Les trois chemins sinueux ne débouchent nulle part. Bourrasque. Les regards se tournent vers l’inconnu. Où fuir désormais ? Mon Dieu, que diable est-il arrivé ? Avec quelle force, quelle promptitude, ma main fatiguée a tracé cela. Malgré moi, les couleurs… Battements d’ailes en heurtant le sol. La fin est si rayonnante.
(extrait d’un texte inédit sur Van Gogh)